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23/01/2014

Toilettes publiques : Au cœur d’une activité fructueuse et indispensable

 

Le domaine des toilettes publiques ‘’se porte bien’’ en Côte d’Ivoire. De nombreux magasins dans les gares routières et les marchés sont transformés en latrines. Indispensables, on en trouve un peu partout dans chacune des communes  de la capitale économique et même dans les villes de l’intérieur. Notre enquête express.
 

Nous avons sillonné le lundi 13 janvier 2014,  les toilettes publiques de  la commune d’Adjamé et d’Abobo. Celles-ci,  dans leur ensemble, présentent un décor peu salubre. L’on est accueilli à certains endroits par  une forte odeur de pissat ; et dans d’autres, par l’odeur du grésil(produit pour la désinfection).  appelées ‘’chiottes’’. Lesprix pour les besoins sont presque identiques. L’on se doit de débourser la somme de 25   F CFA pour uriner, 50 francs pour aller au WC et 100 francs pour prendre un bain. Le service est simple:  le client prend l’une des bouilloires exposées à l’entréeLes WC publics des deux communes présentent le même plan. A savoir deux compartiments avec une rangée de douches réservées à l’urine et au bain. Et une autre rangée de toilettes turques   communément ; il se soulage. Et à la sortie, il remet une pièce de monnaie  au gérant, ainsi de suite. 



Un espace indispensable 
 
Huit personnes sur 10 interrogées dans le cadre de cette enquête reconnaissent avoir utilisé plus d’une fois les latrines publiques. Ces hommes et ces femmes abordés témoignent, entre autres, de l’utilité de ces lieux.  «  Les toilettes publiques aident à assainir  nos villes. Elles contribuent à réduire le nombre de personnes qui se soulagent dans les ruelles. A quoi ressembleraient nos marchés sans les WC publics ? », s’interroge dame Konaté Kady venue faire ses emplettes au marché d’Abobo. Abondant dans le même sens, Idrissa Diallo, propriétaire d’une librairie par-terre  à Adjamé /220 logements soutient que les WC publics sont d’une grande nécessité. « Les toilettes publiques sont indispensables pour nous les commerçants et pour quelques uns de nos clients  qui ont des envies pressantes. Ce n’est pas évident de passer une journée devant son commerce sans éprouver le besoin naturel d’uriner ou autre ». Et à Issey Hamadou, vendeur d’accessoires de portable, d’ajouter : « À l’heure de prière, grâce aux WC publics, nous parvenons à pratiquer sans difficultés nos prières du jour.  Les propriétaires pour la plupart ont pris la peine d’aménager un espace avec des nattes et des chapelets  qui nous servent de lieu de prière », explique-t-il. Très souvent, cet espace prend l’allure d’une mosquée où un imam est délégué pour les prières.
 
 
 
Manque d’hygiène dans les toilettes publiques, une responsabilité partagée
 
Claudie Konan rencontrée devant l’une des toilettes publiques d’Adjamé retrousse le bas de son pantalon, se  pince le nez avant d’y pénétrer. Une fois hors des toilettes,  elle inspire un bon coup et  reprend son chemin. « Ce n’est pas aisé de venir se soulager dans les WC publics à cause du manque d’hygiène. Leur existence n’est pas mauvaise ; mais il faudrait que les gérants et les propriétaires de toilettes publiques apprennent à assainir leur cadre. Cela pourrait accroître leurs revenus ; car de nombreuses personnes préfèrent se soulager dans les rues à cause de ce fait  », confie-t-elle. T. Sidicki gérant de WC publics, se défend en pointant du doigt ses produits d’entretien : « le mauvais état des toilettes publiques est en partie dû aux usagers. Comme vous pouvez le constater, moi  j’utilise de l’eau de javel 12°,  de l’acide  muriatique,  du grésil et du déodorisant pour l’entretien des toilettes. Nous faisons de notre mieux pour rendre nos cadres propres. Mais les clients ne nous aident pas beaucoup. Quand certains finissent, ils partent sans prendre le soin de  verser convenablement de l’eau».      
 
Le gagne-pain de quelques  fonctionnaires à l’intérieur du pays
 
Les gérants de toilettes publiques sont très peu bavards sur leurs revenus journaliers. Malgré nos insistances, nous ne parviendrons pas à avoir une idée nette des recettes engrangées par les gérants des toilettes publiques à Abidjan. Très réticents, ces gérants refusent de dévoiler leurs gains. L’on peut néanmoins affirmer au regard de l’affluence dans les toilettes publiques que c’est un ‘’business’’ qui nourrit son Homme. A San Pedro,  deuxième ville portuaire de la Côte d’Ivoire, un fonctionnaire qui a investi dans le domaine évalue à près de 20.000 francs en moyenne son gain journalier. Ce dernier que nous nommons M.B. est propriétaire de deux WC publics. Il y emploie 6 jeunes gens en raison de trois par WC public. Ces toilettes publiques sont situées dans deux endroits distincts : au grand marché de San-Pedro et dans un parking pour gros camions. « Avec celle située  au marché, c’est une moyenne de  20.000 F CFA  par jour. La seconde, située dans un endroit moins fréquenté, je reçois en moyenne 9.000 à 10.000 francs par jour », déclare-t-il. Selon  lui, les principales difficultés que l’on éprouve dans le domaine des WC publics sont les factures d’eau au coût très élevé et le vidange fréquent des WC, causé par le sable drainé par les clients.
 
Mariam Sorelle